Chronique de prof : " Ma rentrée de janvier "
La rentrée de janvier est de loin la plus difficile, pour tout le monde.
On a encore la tête dans les cotillons, le ventre rempli de bulles, de gras et de chocolats.
Je me suis toujours dit que c'était super violent de passer d' un univers pailletée, avec câlins et verres de vin à celui de métro, boulot, dodo et froid à gogo.
Quoi qu'il en soit, on a pas le choix.
Quand faut y aller, faut y aller !
Mardi 3 janvier, je suis debout avant la sonnerie du réveil . La faute au fameux : " JAIPEURDERATERLEREVEIL ".
Ma douche, qui d'ordinaire, dure 5 minutes top chrono, s' éternise et me retient au point de me mettre en retard sur le planning habituel.
Je me prépare un petit déjeuner de compét. Il faut bien ça avec la journée qui m'attend.
J'ai toujours adoré me faire des tartines de beurre et de confiture le matin. Mais en ce moment, je culpabilise. J'essaye de calmer le jeu avec nos meilleurs ennemis : les sucres et les laitages.
Donc, ça sera SVP, porridge sans sucre ( mais beaucoup de cannelle ), des graines en veux tu en voilà, un peu de beurre de cacahuète ( oups) et ma tasse de thé chat Monoprix qui pèse une tonne et dans laquelle je pourrais me noyer tellement elle est immense.
7h55, zut, je suis à la bourre ! Thermos sous le bras, tot bag Amsterdam sur l'épaule," Agatha Raisin et la quiche fatale " dans les oreilles, me voilà prête. Direction l'école.
8h16, j'ai quatre minutes d'avance sur les élèves, je suis laaaaarge. J'ai l'impression d'avoir remporté le 100 m haie ! Je suis en nage après avoir marché à 1000 à l'heure pour rattraper mon retard ( fichue douche chaude). En plus, je me suis beaucoup trop habillée ( mais c'est quoi ces températures de malade en plein moi de janvier ??? ).
Je retrouve mes collègues dans la cour. Telle la secte du soleil, je les retrouve disposés en cercle fermé au centre de la cour ( on fait tous ça).
Tradition oblige, on se lance des " bonne année " , " bonne santé", " meilleurs vœux" et on ose même demander une petite augmentation en fin d'année. Bah tiens, pourquoi se priver, c'est le moment de faire des souhaits, non ?
Entre temps, il s'est déjà passé 1000 choses autour de notre cercle vaudou : une photocopieuse est tombée en panne, deux cartables égarés, un sac de piscine oublié, Clément qui s'est fait voler son bonnet, Maxime qui veut sa maman, Sarah, son papa, bagarre au coin cantine, égout de l'école bouchée et la classe des cm1B qui ne s'ouvre pas.
Une journée somme toute normale à l'école élémentaire me direz- vous.
Il est quelle heure déjà ? 11h ? Ah non, seulement 8h20 ...
8h30, sortez vos cahiers, dictée de mots.
9h, sortez vos manuels, lecture p74, " Enquête à l'école ".
10h, ça baille déjà, pause pipi pour 1/3 de la classe, ça commence à s'agiter...
Pauuuuuuse ! Posez vos stylos. Time to yoga ( je suis dans une école bilingue alors je speak English a little parfois ).
10h15, c'est reparti pour le calcul, la farandole des nombres à ranger du plus petit au plus grand et du plus grand au plus petit. On écrit les nombres en lettres, on les additionne, on les soustraie ...
On compte avec des Chocobons pour que ça soit plus facile, on apprend en chantant, c'est plus stimulant.
11h, on se familiarise avec les règles. Conjugaison, grammaire, verbes en é ou er, les pronoms. Qui a dit qu'on apprenait plus rien à l'école ?
Répondre 10 fois à la question " c'est quoi un verbe " , " c'est quoi un pronom ? ". C'est bien de poser des questions les enfants mais tout ceci, on l' a déjà vu en novembre ...
Non, on ne pleure pas , on ne se décourage pas !
On repart en chanson pour se donner du cœur à l'ouvrage. On frappe dans les mains, on tape des pieds, on relâche la tête, on fait la fête.
12h. Bon appétit les z'enfants! Rezut, j'ai oublié ma liste de cantine à l'autre bout de l'école, je fonce, je cours à nouveau un 100 m, je récupère la feuille, dispatche les élèves, retrouve les parents à la sortie. " Bonne année, "meilleurs voeux", " Merci pour les chocolats", " Excusez- moi, maitresse, vous n'avez pas répondu à mon mail que j'ai envoyé il y a 5 minutes", " Non, Amad, tu manges à la cantine. Non, tu ne peux pas rentrer chez toi tout seul" ...
12h25, je me pose enfin ! En fait, pas tout à fait. Je dois faire réchauffer mon plat, queue au micro- ondes. Je patiente tout en ayant mon estomac qui gargouille ( j'ai faim toutes les dix minutes, surtout quand je suis fatiguée ... pas vous ?)
Correction au stylo rose ( le rouge c'est trop strict, has been, plus à la mode) . Je disais donc correction entre deux bouchées de quinoa. Mauvaise idée, ça tombe sur le cahier de Joséphine qui se retrouve avec une tâche de gras dans la marge ... Plus j'essuie, pire c'est.
Je pense que le dessert va me réconforter mais il m' assomme. Cette galette des rois est si délicieusement grasse qu' elle me fait somnoler sur le tas de cahiers.
Pas le temps de fermer les yeux, Miss photocopieuse capricieuse m'attend de pied ferme. Elle me nargue à ne fonctionner qu' une fois sur deux. C'est une cruelle mangeuse de papier !
13h50, la cloche sonne. Retour en classe. C'est reparti pour un tour.
Deux tisanes, un café, de l'eau, deux carrés de chocolat noir à la menthe, une banane et un bonbon des Vosges plus tard, je sors de l'école, ivre (je vais bien dormir le soir), mais ravie. J'ai collecté des sourires, des mots gentils, des " j'ai compris" et des " je t'aime maîtresse". Finalement, y'a pire comme journée vous ne trouvez pas ?
Dites moi dans les commentaires si vous avez aimé ce petit billet d'humeur-mour et si vous en voulez davantage.
Et please, à votre tour, racontez moi votre rentrée 2023 !
Merci d'avoir pris le temps de me lire
Je vous embrasse
Julie
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Crédit photo : Pinterest



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