Histoire du soir : " Pia et le berceau "

 Je ne voulais pas me coucher sans avoir bouclé cette nouvelle histoire du soir. 

C'est donc, les yeux mi clos - mi qui piquent- mi fermés que je publie ma nouvelle, qui j'espère vous enchantera. 

Une nouvelle, qui, parole de Pipelette, est inspirée d'une histoire vraie ... 

Bonne lecture !


Sur la pointe des pieds, Pia se leva de son lit le plus silencieusement possible pour ne pas réveiller ses frères qui dormaient encore dans la pièce à côté. La bûche de bois, éteinte de la veille, dégageait encore une légère  odeur de fumée dans la maison. 

Après une rapide toilette, elle s' installa à la table de la cuisine et beurra ses tartines. 

Tout en se détectant de la confiture à la fraise qui dégoulinait entre ses doigts, la jeune fille contemplait la nature au dehors. La fenêtre de la cuisine laissait entrevoir la vallée à perte de vue.

Au dehors, l'air était frais, humide. Ça sentait bon le foin et la rosée du matin. Le printemps était de retour. 

D'humeur légère, elle décida juste avant de partir de se faire un chignon enroulé d'un joli ruban vichy. 

Dans la rue, notre blondinette descendit à vive allure le chemin de la Grotte, tourna à droite Rue des Martyrs, passa devant l'hôtel de Paris, et, arriva enfin, place du village. C'était un moment que Pia affectionnait tout particulièrement. On aurait dit que le village tout entier lui appartenait. Qu' elle aurait pu faire absolument tout ce qu elle voulait. 

Pourtant, l'heure n'était pas à l'amusement. Elle arriva devant la belle devanture rouge et or de la boulangerie, glissa la clé dans la serrure. La clochette de la porte se fit entendre. 

Minouche, le chat de la patronne, vint immédiatement à sa rencontre.

Chaque matin, cette fidèle boule de poils venait la saluer. C'était leur petit rituel. Papouilles par ci, papouilles par là. Et comme il n'en avait jamais assez, il se jettait systématiquement à terre, pattes en l'air et langue à moitié pendue, Minouche attendait son surplus de gratouilles sur ventre dodu.

Pia se demandait avec amusement si ce chat n'avait pas été un chien dans une autre vie. 

Tout en caressant Minouche, elle se disait que les animaux, c'était quand même bien plus distrayant que certains humains. 

Et elle savait de quoi elle parlait. Pas plus tard que la semaine dernière, sa cousine Catherine lui raconta que Joseph, son fiancé, était un être tout à fait MER-VEI-LLEUX. Il lui avait, paraît il, organisé pour leur un moisniversaire de fiançailles, un pique-nique surprise tout en haut de la colline des 3 fées. 

Il avait tout prévu :petit vin blanc de pays, tourte aux épices, tarte aux fraises, jolie nappe à fleurs et même, un bouquet de coquelicots au milieu de tout ces mets délicieux. Elle lui raconta combien ses baisers étaient acidulés comme des bonbons au citron et que sa peau était fraîche comme l'odeur de son eau de Cologne. 

Bien sûr, Pia était heureuse pour Catherine. Mais du haut de ses 21 ans, elle n'avait toujours pas d'amoureux, toujours pas de fiancé et toujours pas de bouquet de coquelicots ... Donc, entendre parler d'amour avait le don de copieusement l'agacer. Voilà pourquoi, la compagnie du chat était bien plus amusante et réconfortante  ... 


Dans une heure, Madame Martin, la femme du boulanger ouvrira la boutique. Pia noua son grand tablier à fines dentelles et commença à installer pains et brioches en vitrines. 

L'odeur du pain chaud et du café flottaient dans l'air. C'était le signal que Madame était  arrivée dans l'arrière boutique. 

Pia l'appréciait beaucoup. C'était une femme toute en rondeur, aux yeux rieurs et au bon coeur. Elle avait tendu la main à sa famille juste après la guerre lorsque le pain venait à manquer au sein du foyer. Elle avait alors gentillement proposé à Mr Meyer, le père de Pia, d'embaucher sa fille, le temps que la situation s' améliore. 

Madame Martin était toujours joyeuse et drôle, parfois même à son insu. Tenez par exemple, l'autre jour, elle était descendue à la boulangerie ( située au rez-de-chaussée de sa maison ) avec ses bigoudis de la nuit encore sur la tête. Et ce n'est pas tout ! L' un d'eux était tombé malencontreusement dans la pâte à pain ... Heureusement, le bigoudi sauteur fut repêché et jamais rien ne vint aux oreilles de Monsieur Martin.


Pia s'apprêtait ensuite à ranger les croissants et autres tartelettes aux fruits quand, la patronne passa en trombe derrière le comptoir et lui dit d'une voix pressée : 

 - Mademoiselle, lâchez tout ce que vous êtes en train de faire. J'ai besoin de vous pour une course urgente. 

- Bien Madame, répondit Pia. En quoi puis- je vous être utile ? 

- Une de nos clientes, Madame Schmitt, vient d'accoucher. Son mari a besoin d'un berceau car le sien est branlant. Pouvez- vous vous en charger ?

Pia connaissait la maman. C'était une cliente de la boulangerie. 

Sentant l'urgence de la situation,  elle enleva à la hâte son tablier, secoua miettes et farines agrippées au tissu de sa robe et attrapa le berceau de bois que lui tendait Madame Martin. 

- Bon sang que c'est lourd, se dit-elle ! 

Quelle adresse déjà ? 8 rue des lilas. A l'autre bout du village. Voilà qui rendait la mission quelque peu complexe. Le lit, tout en chêne pesait lourd, sacrément lourd. Et Pia n'était pas ce qu'on appellait une force de la nature. 

Sa frêle silhouette traversa péniblement les rues du village. Au bout d'une quinzaine de minutes qui parut une éternité pour Pia, elle arriva devant le numéro 8.

Elle était dans un état lamentable : dégoulinante de sueur, les cheveux en bataille et le visage mi rougi- mi blanchi. 

Elle sonna à la porte. Pas de réponse. Elle sonna une seconde fois. Toujours rien.

Un début de moue boudeuse se dessina sur son visage. L'idée d'un retour éventuel avec le berceau ne l' enchantait guère et surtout, elle allait sûrement décevoir sa patronne qui comptait sur elle. Et ça, elle ne le voulait pas.

Plongée dans ses pensées, elle ne remarqua pas un jeune homme qui venait dans sa direction. 

Arrivant de derrière la maison, il marchait d'un pas mal assuré. Sabots de bois aux pieds, il tentait d'accélérer le pas de peur de rater son visiteur. 

Lorsque Pia entendit des pas sur le sol caillouteux, elle leva les yeux. Et elle le vit. 

Il était plus petit qu'elle, portait des bretelles mal ajustées, une salopette toute usée et un béret qui lui tombait à moitié sur le front. 

Et pourtant, elle le trouva beau. Très beau.

Elle ressentit une immense tendresse pour lui. Que lui arrivait- elle ... 

Et lui, qui était-il ? Qu'attendait- il pour lui parler ? Précisons qu' à cet instant, il s'était planté devant elle sans prononcer le moindre mot.

Il semblait drôlement intimidé. Et elle aussi, ça tombait bien. 

- Bonjour, finit- elle par dire.

- Bonjour ... Toutes mes excuses pour ce manque de rapidité. Je ... J' étais dans le potager en train de planter des salades quand j'ai entendu toquer à la porte. Le temps que je me décide à abandonner mes plants, traverser le jardin, passer le portillon, puis ... 

Elle l'interrompit avec douceur. 

- Ne vous inquiétez pas, tout va bien. Je venais simplement vous porter un berceau. C'est de la part de Madame Martin, ma patronne. C'est pour votre, votre ...

- Pour ma mère, ma mère,  c'est bien cela, dit- il soudainement. Comme elle va être heureuse de pouvoir faire dormir Josette, ma petite sœur dans ce joli petit lit. Merci beaucoup ! 

Pia tendit le berceau au jeune homme qui l' empoigna fermement. 

Puis, sentant la gêne montée en elle, la jeune boulangère dit : 

- Et bien, il est temps pour moi de retourner travailler. Madame m'attend. Je vous souhaite une bonne journée ...

- Étienne, je m'appelle Étienne, dit- il en rougissant. 

- Et moi, Pia. Et je vous souhaite une bonne  journée, répondit- elle pour la seconde fois. 

Elle tourna lentement les talons, toute troublée quand soudain, la voix d' Étienne se fit entendre à nouveau.

- Que faites- vous ce soir Pia ? Accepteriez- vous de m' accompagner au cinéma ? 

En toute simplicité. C'est ainsi que la fabuleuse histoire d'amour de ces deux jeunes gens débuta. 


Nous sommes le 6 juin 2023, je suis assise dans leur cuisine en formica, une tasse de café fumante entre mes mains. Au dehors, le soleil baigne le village et la colline des 3 fées  de ces doux rayons printaniers. Des photos en noir et blanc jonchent la nappe en plastique à motifs fraise. On essaye de se souvenir des prénoms, des liens de parentés. Non ça, c'est le cousin Henri, non, c'est le tonton Auguste je te dis ... Une vie, ça tient dans une boîte à chaussures. 

Face à moi, Pia et Étienne. Ils sont beaux, amoureux comme au premier jour. Ils viennent de fêter leur 60 ans de mariage, leur 61 ans de vie commune, 3 enfants et 11 petits- enfants. 

Et le berceau, celui par lequel tout commença, repose délicatement quelque part dans la chambre des enfants ... 

FIN 


Merci d'avoir pris le temps de me lire. N'hésitez pas à me laisser un petit mot ici, par mail à dailygoodplanet@gmail.com ou sur ma page Instagram @lafrenchpipelette.

Je vous embrasse.


Julie de la French Pipelette 

@lafrenchpipelette 








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