Histoire du soir : Les aventures du valeureux Willybert - Suite et fin
Chapitre 2
Je n'étais qu'un bébé écureuil lorsque papa vendait ses poteries et maman ses tricots au marché des Trois Noisettes. Eux vendaient et moi, je passais mon temps blotti sur leur dos, le museau enfoui dans le doux pelage. Ni le bruit de la fanfare, ni les discussions animées ne semblaient me perturber.
Pour me rendre à la foire, je n'avais pour seule compagnie qu'une vieille carte tracée par papa.
J'avais dû me tromper car cela faisait deux heures que je marchais et je n' étais toujours pas arrivé au Carrefour du Bois Vert. La pluie et la brume s'étaient invitées et je ne voyais pas grand chose.
- Voyons voyons, pensais- je tout haut, ma carte est en train de prendre l'eau … Et je n'ai toujours pas trouvé le carrefour. Je devrais peut-être …
Je fus tiré de mes pensées par un cri perçant. Je retins mon souffle et tendit l'oreille. A nouveau, le bruit se fit entendre. Des cris venaient tout droit du cœur de la forêt.
Mon sang se glaça. Je ne savais pas quoi faire. Reprendre ma route comme si de rien n'était ? Rebrousser chemin ? Rentrer chez moi et me cacher sous la couette ?
Après un temps qui me parut interminable, je me décidais ENFIN à bouger. Je laissais mon chariot sur le sentier et franchis le fossé qui me séparait de la forêt.
Je ne voyais pas grand chose. L'épais brouillard avait recouvert buissons et champignons. Je marchais en essayant de faire le moins de bruit possible.
- Au SECOUUUUUURS ! A l'aide ! Lâchez ce sac !!!
Les hurlements reprirent de plus belle. Plus je m'avançais vers eux et plus mon cœur tambourinait dans ma poitrine.
Je ne savais pas pourquoi je continuais d'avancer. J'étais effrayé. Mes pas s'enfonçaient dans la mousse gorgée d'eau et mon joli costume se noyait.
Quand soudain, un, puis deux puis trois. Trois ENORMES rats brigands se tenaient là, nerveux, armés de bâtons et de lances. Il formaient une ronde autour d'un être apeuré, sans défense.
Je ne pouvais pas l'apercevoir distinctement mais je distinguais cependant un petit morceau de sa queue. Une queue aux reflets roux et ornée d' un flot bleu. Ce petit bout de tissu était si élégant, si raffiné.
Je devais agir, le sortir de cette embuscade. Rapidement, je fis le point sur mes ressources personnelles. Il fallait bien admettre que je n'étais pas très sportif, ni très musclé. Je ne m'étais jamais battu.
Dans les romans d'aventures de ma jeunesse, les héros étaient valeureux et forts. Ils savaient toujours quoi faire en cas de danger. Moi pas.
Les rats menaçaient, tantôt en levant leur bâton en sa direction, tantôt le molestant.
- Donne nous ton sac ! On a faim ! disait le plus petit.
- Si tu ne nous obéis pas, nous te battrons ! disait le plus costaud.
Je n'entendis pas la voix du troisième car c'est le moment que choisis une abeille pour venir me tourner autour. Elle se posa sur la pointe de mon oreille. J'étais à deux griffes de la chasser quand me vint une idée ! J'allais utiliser ma cargaison de miel pour distraire les rats et les faire fuir.
Discrètement, je retourna à ma charrette, pris le plus gros récipient de miel que j'avais et monta en haut de l'arbre le plus proche de l'embuscade.
Je me faufila au bout de la branche d'un sapin, tira de toutes mes forces le pot et pris une grande respiration.
- Flot bleu, recule toi !!! criais- je de toutes mes forces.
Le petit être sans défense comprit que quelqu'un était là pour l'aider. Il s' exécuta. Je saisis alors la jarre en argile, enleva le bouchon de liège et versa tout le contenu. Le miel visqueux se déversa sur la tête de nos trois voyous. J'en profita pour leur lancer tout ce qui se trouvait à portée de pattes: épines et branches.
Les projectiles se collèrent à leur peau, les empêchant de voir quoi que ce soit. Ils paniquaient, glissaient dans l'énorme flaque de miel qui s'était formée sous leurs pieds.
C'était le bon moment pour jouer ma dernière carte. Je pris ma plus grosse voix et dit :
- Au nom de la loi, nous vous arrêtons ! Ne bougez plus, ici la gendarmerie du bois Chenu !
Les paupières quasi collées, ne voyant pas le bout de leur nez, les rats voleurs ne se rendirent pas compte de la supercherie. Le plan fonctionnait à merveille.
- Jack, Joe, barrons nous d'ici ! dit le troisième rongeur.
Ils s'extirpèrent tant bien que mal du nectar et partirent ventre à terre pour ne jamais revenir. A chacun de leur pas, un floc floc se faisait entendre. Cela m'aurait presque fait rire si je n'étais pas encore sous le choc de ce qui venait de se passer.
Je m' écroula à plat ventre sur la branche d'où j'avais mené mon assaut. Je tentais tant bien que mal de reprendre mes esprits lorsque je la vis. Jamais je n'avais vu une telle créature. Une belle et douce écureuil se tenait à côté de la mare de miel. Elle était si belle, si gracieuse. Son pelage était aux couleurs de l'automne. Elle avait deux petites taches blanches de chaque côté de ses moustaches. Son museau tremblait de peur.
Elle semblait ne pas avoir très bien compris ce qui venait de se passer. Elle regardait hébétée autour d'elle, les pattes nageant dans les restes de miel.
J'avais trouvé le courage d'affronter ces brigands mais j'étais pétrifié à l'idée de descendre la rencontrer.
- Quel manque de courage Willy. Aussi peureux que ton chère père ! aurait dit maman en riant.
Souvent, au moment du coucher, elle me racontait que mon père l'observait chaque jour à la sortie de l'école lorsqu'ils étaient adolescents. Il lui écrivait des lettres d' amour, lui envoyait des poèmes et des fleurs chaque dimanche. Mais jamais il ne l'avait approché. C'était elle, qui la première, osa lui adresser la parole et l'inviter au bal des étoiles filantes.
Du paradis, maman avait certainement dû intervenir car la branche sur laquelle j'étais posé craqua.
PATATRAA ! Et hop, Willybert les quatre fers en l'air ! Je venais d'atterrir lourdement sur le sentier, le pelage en bataille, du miel collé à mes poils. J'étais rouge de honte.
C'est à cet instant qu'elle me découvrit (pas à mon plus bel avantage, c'est un fait). Elle plongea son regard dans le mien et s'écria :
- Mon héros ! Mon héros !
- Moi ? Je ... Enfin ... Vous ...
Je n'arrivais pas à prononcer la moindre phrase. Le coup de foudre. Je n'étais pas que tombé de ma branche. J'étais tombé amoureux.
- Comment se nomme mon chevalier servant ?
- Je, je ( comment je m'appelle déjà ?). Je m'appelle Willy, Willybert.
Elle me sourit tendrement et s'approcha un peu plus près de moi. Je pus admirer ses adorables yeux couleurs noisettes. Elle me tendit sa frêle patte et me tira de la flaque de miel dans laquelle j'étais englué.
- Mon héros. Merci infiniment pour votre courage. Merci de m'avoir sauvé. Sans vous, j'étais perdue ainsi que ma cargaison de tartes.
- Vous êtes tartière, euh, je veux dire pâtissière ? la questionnais- je maladroitement.
- Oui, pâtissière de mère en fille depuis trois générations. D'ailleurs, j'étais en route pour la foire des Trois Noisettes. Vous connaissez ?
Epilogue
Vous souvenez vous de cette célèbre phrase que l'on trouve à la fin des contes pour enfants ?
" Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants"
Le conte de fée est devenu réalité. Depuis ce jour dans la forêt, nous ne nous sommes plus jamais quittés Guenièvre et moi.
Nous nous sommes mariés et avons eu sept petits Willybert. Sept garçons. Tous très gourmands, joueurs et impatients de rencontrer leur petite sœur qui devrait naitre dans quelques jours.
Notre joyeuse famille habite au sommet du plus grand chêne de BelleFontaine. La vue sur la vallée est incroyable. Ma vieille cabane en bois, ancien chez moi, est devenue notre atelier de fabrication et boutique " Aux gourmets gourmands ".
Chaque année, nous retournons aux Trois Noisettes vendre nos tartes et tartelettes aux noix de pécan, nos madeleines à la pâte de noisettes et nos muffins aux marrons. Nous formons une belle équipe avec ma bien aimée.
Moi, le petit Willy, fils de marchands, j'avais vaincu ma peur et affronté le danger. Et aujourd'hui encore, lorsque nous passons à proximité du Carrefour du Bois Vert , nous ne manquons pas de nous remémorer avec tendresse le jour de notre rencontre.
FIN
J'espère que cette histoire vous a plu autant que j'ai aimé l'écrire. Je peux désormais ajouter Willy et Guenièvre à la liste de mes amis imaginaires.



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