Chronique de prof : " La sortie piscine "
Mais où est donc passé janvier ?
Je n'ai rien vu, rien entendu de ce premier mois de l'année. Dans la presse galactico- angélico- spirituello- terreplato, il est dit que nous subissons une accélération du temps.
Je commence franchement à y croire.
Je suis trop contente de rédiger ce nouveau billet d'humeur - humour. J'ai mille choses à vous raconter. Mais il a fallu trancher et je voulais vous faire marrer ! Alors quoi de mieux que de vous parler d'un sujet tellement passionnant : la sortie PISCINE !
Oui, je sais ce que vous pensez, ce n'est pas la " piscine à boire ". Pourtant, cette sortie est la bête noire de tout bon instit qui se respecte.
Pour commencer, je tombe TOUJOURS sur le créneau du mois de janvier !
Celui où la température extérieure ne dépasse pas les 3 degrés.
Janvier, où les enfants ressemblent à de gros bonhommes Michelin avec la panoplie du " Couvre- toi bien mon chéri, tu vas attraper froid" . T-shirt, sous pull, pull, collants sous le pantalon, pantalon, bonnet, écharpe, cache cou, gants, j'en passe et des meilleures ...
Levez la main les parents qui se reconnaissent dans cette description ?
Mardi matin, dans la salle de classe encore endormie, je coache mes élèves sur la sortie.
Ce moment, ils l'attendent depuis deux ans. Un certain Cococovid est passé par là.
Je distribue à tour de bras des : ON NE DOIT PAS - ON NE FAIT PAS - ON ÉCOUTE MAITRESSE - ON OUBLIE PAS - ON NE COURS PAS -
Mes petites têtes blondes- brunes- rousses sont remontées à bloc ! Sauf Clément ( vrai enfant mais faux nom ) qui se décompose doucement mais sûrement devant moi. Blanc, comme le tableau Velléda. Il est malade, a envie de vomir, mal aux oreilles, mal dormi, envie de pipi. Mon petit Tamalou souffre de piscinophobie.
Je le prends sous le bras, à gros renforts d'encouragements.
9h30, ça démarre mal. Pas de bus, deux classes sur le trottoir. Les bambins s'impatientent.
Un quart d'heure plus tard, toujours pas de bus magique mais des élèves survoltés qui se mettent à faire la ola à chaque voiture bleue, blanche, rouge ... Ça klaxonne boulevard Jean Jaurès, ambiance coupe du monde.
10h, le buuuuuuuuuuuuuuuuus ! Je fais un rapide calcul. Dans 20min, nous sommes censés être au bord du bassin. Sachant qu'il nous faut 20 minutes pour se rendre à la piscine municipale, 20 minutes pour les vestiaires, 5 minutes de pause pipi, la douche, la traversée du pédiluve et j'en passe ...
Ok, c'est cuit, on est CUIT ! Je vais me faire incendier par le maitre nageur !
Oui, parce que je dois vous dire quelques chose ... Les Jean Luc, Nathalie, Vincent en short rouge, claquettes Adidas, chewing -gum Hollywood et tatouages sur le mollet me font vraiment peur. Pardon pour ces clichés débiles mais c'est la vérité. Souvenir traumatique de mon enfance me direz- vous ...
10h30, on bat tous les records. Les maillots sont mis à l'envers, les bonnets de bain ne font pas les fiers, Mathilde a ses chaussettes anti verrues, Paul, ses lunettes de plongée XXL sur le nez, et moi, maitresse Julie, je me traine en claquettes Adidas, short Décathlon à fond la forme, et déjà la chaleur et les bruits environnants me montent à la tête. Je manque par deux fois de glisser et de me ratatiner sur le sol.
Jean- Luc ( je vous l'avais bien dit qu'ils s'appelaient tous Jean- Luc ) vient à notre rencontre. La cinquantaine bien trempée, il met de suite les enfants dans le "bain". Aujourd'hui, c'est évaluation ! Qui qui sait nager et qui qui sait pas !
Ça grelotte de froid et de stress, ils attendent le moment où il faudra tout donner. Leur vie toute entière se joue ici et maintenant.
Saute, plonge, fais l'étoile de mer, sur le ventre, sur le dos ( sur le dos on a dit ! ), tête sous l'eau, nage, nage encore , mais non t'as pas peur, attrape la perche. La perche je te dis !!!
Que d'aventures pour mes petits ce1. Je les regarde un à un. Ils m'épatent. J'aurais été incapable d'en faire autant à leur âge. Trop peur de l'eau, peur de couler. A pic.
11h, la sonnerie retentit. Fin de séance. Ouf, personne ne s'est noyé. Un, deux, douze, treize, vingt-et-un, vingt-cinq. Le compte est bon ! Tchao J-L ! Rapatriement des troupes ! Je suis fatiguée, ils sont épuisés, ils ont froid, faim, me demandent dix fois s'ils pourront manger leur goûter dans le bus, je leur réponds dix fois que non.
Dernière étape, l'habillage.Et là, vraiment, c'est pas de la rigolade ! Des culottes perdues, des chaussettes fugueuses, des cheveux mouillés, emmêlés, des bobos au pied, des chouchous volés, des " je ne sais pas m'habiller toute seule", des "c'est pas mon pantalon" ...
Ahhhhh, sortez moi d'ici !!!
11h20, nouveau record, nous sommes TOUS dans le bus. En route pour l'école ! Mais tout était trop beau , il fallait bien ajouter un peu de piment à cette merveilleuse matinée.
Devinez ? Oui, je lis dans vos pensées ... Un VOMI, un méga vomi dans l'allée ... Le chauffeur de bus est ravi.
Pauvre Clément, il n'avait pas compris que, boire la tasse, c'était fun sauf quand il y avait du chlore dedans ...
Le voilà de nouveau tout blanc, tout malade.
J-L aurait été super fier de nous, on a fait de l’apnée jusqu' à l'école tellement ça sentait mauvais.
Retour en classe, les enfants sont enchantés, ils veulent déjà y retourner. Moi je savoure ce retour. Je me sers une maxi tisane, je fourre dans ma bouche deux énormes carrés de chocolat et je me dis que c'est terminé Enfin, non, pas tout à fait mais mardi prochain, c'est loin, très loin, n'y pensons point...
Merci d'avoir pris le temps de me lire.
Dites- moi en commentaires si vous avez aimé cette petite brève de prof !
Je vous embrasse
Julie



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